Cas N°20 : Dermatose Bulleuse Aiguë

Érythème Polymorphe & Toxidermie

ÉNONCÉ

Données signalétiques : Homme de 28 ans.
Anamnèse : Notion de prise d'un AINS (Ibuprofène) pour une douleur dentaire il y a 48 heures. Antécédent d'herpès labial récurrent.
Plainte : Apparition brutale de lésions buccales douloureuses et de lésions cutanées.
Examen clinique :
• Bouche : Érosions multiples, étendues, couvertes de croûtes hémorragiques, notamment sur les lèvres (chéilite croûteuse). Signe de Nikolsky négatif.
• Peau : Lésions en "cocarde" (ou en cible) sur les paumes des mains et les avant-bras.

Question 1 : Diagnostic

Quel est le diagnostic le plus probable devant cette association de lésions buccales croûteuses et de lésions cutanées en cocarde ? Justifiez.

Diagnostic : Érythème Polymorphe (forme majeure).

Justifiez : Le diagnostic est clinique et repose sur l'association :
- Lésions cutanées pathognomoniques : Lésions en cocarde (ou en cible) avec une distribution acrale (paumes des mains, avant-bras).
- Atteinte muqueuse buccale : Érosions multiples, douloureuses, et surtout des croûtes hémorragiques sur les lèvres (chéilite croûteuse) caractéristiques.
- Mode d'apparition : Début brutal (aigu) chez un adulte jeune.
- Signe de Nikolsky négatif : Ce qui écarte les maladies bulleuses auto-immunes intra-épithéliales comme le pemphigus.

Question 2 : Étiologie

Quels sont les deux facteurs déclenchants principaux (un infectieux, un médicamenteux) à rechercher à l'interrogatoire pour cette pathologie ? Justifiez.

Les deux facteurs déclenchants principaux sont :
1. Infectieux (Viral) : L'infection par le virus Herpès (HSV) est la cause la plus fréquente (post-herpétique), survenant souvent après une récurrence (mentionnée dans l'anamnèse).
2. Médicamenteux : La prise d'AINS (Ibuprofène) est un facteur inducteur connu de toxidermies et d'érythème polymorphe. (Note : Les infections à Mycoplasmes sont aussi une cause possible).

Question 3 : Forme grave

Si les lésions cutanées s'étendaient à plus de 10% de la surface corporelle avec des décollements bulleux majeurs et une atteinte oculaire, vers quel diagnostic (syndrome) vous orienteriez-vous ? Justifiez.

Diagnostic : Syndrome de Stevens-Johnson (ou Nécrolyse Épidermique Toxique - forme mineure).

Justifiez : Il s'agit d'une toxidermie sévère (urgence vitale). Selon le référentiel, la Nécrolyse Épidermique Toxique se manifeste sous deux formes :
- Le Syndrome de Stevens-Johnson lorsque l'atteinte concerne moins de 30 % de la surface corporelle (ici > 10% suggère l'entrée dans ce spectre).
Il se distingue de l'érythème polymorphe par la gravité des décollements, l'atteinte de l'état général (fièvre) et l'étiologie presque exclusivement médicamenteuse.

Question 4 : Thérapeutique

Quel est le traitement local et général de première intention pour une forme mineure ? (Antiseptique, Corticoïdes). Justifiez.

Traitement local : Bains de bouche antiseptiques (ex: Chlorhexidine ou Bicarbonatés) pour éviter la surinfection et faciliter l'hygiène.
Traitement général : Corticothérapie per os.

Justifiez : Pour les crises d'érythème polymorphe, la corticothérapie orale (Prednisolone 1 mg/kg/j pendant 15 jours) est indiquée pour réduire les symptômes et accélérer la cicatrisation. (Note : Un traitement antiviral préventif par Aciclovir est indiqué uniquement pour prévenir les récidives en cas d'origine herpétique, pas pour traiter la crise déclarée d'érythème polymorphe).

Question 5 : Diagnostic différentiel

Comment différenciez-vous cliniquement cette pathologie d'une pemphigoïde des muqueuses (début, aspect des bulles, chronicité) ? Justifiez.

Différenciation avec la Pemphigoïde des Muqueuses :
- Début : L'érythème polymorphe est aigu et brutal, alors que la pemphigoïde est une maladie chronique à début progressif.
- Aspect clinique : L'érythème polymorphe présente des croûtes hémorragiques labiales et des cocardes cutanées. La pemphigoïde se manifeste par une gingivite desquamative (gencive attachée), des bulles tendues (sous-épithéliales) et souvent une conjonctivite synéchiante (atteinte oculaire chronique).
- Signe de Nikolsky et de la pince : Il est négatif dans l'érythème polymorphe mais positif (décollement épithélial à la traction) dans la pemphigoïde.