Cas Clinique N°31 : ENDOCRINOLOGIE & RISQUE MÉDICAL

Hyperthyroïdie / Maladie de Basedow et Chirurgie Orale

ÉNONCÉ : LE TERRAIN

Données signalétiques : Femme de 35 ans.
Motif de consultation : Douleurs intenses au niveau de la dent 46, nécessitant son avulsion (pulpite irréversible sur dent délabrée).

Anamnèse :

Examen Clinique :

Question 1 : Physiopathologie et Biologie

Devant les signes cliniques (tachycardie, amaigrissement, agitation), vous suspectez que la patiente n'est pas en euthyroïdie.
Quel profil biologique (dosages hormonaux TSH et T3/T4) attendez-vous dans le cadre d'une hyperthyroïdie périphérique en échappement thérapeutique ? Justifiez.

Profil Biologique : TSH effondrée (quasi indétectable, < 0,05 mUI/L) et T3/T4 libres (Thyroxine) augmentées.

Justification : Dans l'hyperthyroïdie périphérique (comme la maladie de Basedow), l'excès d'hormones thyroïdiennes circulantes (T3/T4) exerce un rétrocontrôle négatif puissant sur l'hypophyse, bloquant la sécrétion de TSH.

[Sources : 318, 319]
Question 2 : Sémiologie et Risque Vital

1. Comment nomme-t-on le syndrome clinique associant l'ensemble de ces signes (tachycardie, thermophobie, amaigrissement, tremblements) ?
2. Quelle est la complication cardio-vasculaire majeure et potentiellement mortelle ("La thyroïde tue par le cœur") que vous redoutez en peropératoire chez cette patiente non stabilisée ? Justifiez.

1. Syndrome : Le syndrome de Thyrotoxicose.

2. Complication majeure : La Crise Aiguë Thyrotoxique (ou orage thyroïdien) ou un trouble du rythme grave type Fibrillation Auriculaire (ACFA) pouvant mener à l'insuffisance cardiaque aiguë.

Justification : L'imprégnation excessive en hormones thyroïdiennes sensibilise les récepteurs bêta-adrénergiques cardiaques. Un stress chirurgical chez un patient non équilibré peut déclencher une décharge catécholaminergique massive entraînant une défaillance cardiaque (tachyarythmie maligne).

[Sources : 318, 320, 339]
Question 3 : Anesthésie et Vasoconstricteurs

Compte tenu de la tachycardie (110 bpm), quelle est votre attitude concernant l'utilisation d'anesthésiques locaux avec vasoconstricteurs (adrénaline) pour l'avulsion de la 46 ? Justifiez en précisant la recommandation d'usage du référentiel.

Attitude : Utilisation possible mais prudente (limitée).

Justification : L'adrénaline n'est pas formellement contre-indiquée (sauf trouble du rythme sévère avéré), mais elle doit être utilisée avec parcimonie pour ne pas majorer la tachycardie.

  • Recommandation : Il est recommandé de ne pas dépasser 4 carpules dosées à 1/200 000 d’adrénaline.
  • Note clinique : L'anesthésie doit être profonde pour éviter la décharge d'adrénaline endogène liée au stress/douleur, qui serait plus délétère qu'une faible dose d'adrénaline exogène.
[Source : 341]
Question 4 : Prescription et Contre-indications (Le Piège)

Pour gérer la douleur postopératoire, vous hésitez entre plusieurs paliers.
Quelle classe d'antalgiques/anti-inflammatoires est formellement contre-indiquée (ou à éviter impérativement) chez l'hyperthyroïdien non contrôlé en raison du risque de crise thyrotoxique ? Expliquez le mécanisme pharmacologique. Justifiez.

Classe contre-indiquée : L'Aspirine (Acide acétylsalicylique) et les AINS.

Mécanisme : Ces molécules déplacent les hormones thyroïdiennes de leurs protéines porteuses plasmatiques. Cela entraîne une augmentation brutale de la fraction libre (active) des hormones (T3/T4 libres), risquant de précipiter une crise thyrotoxique chez un patient déjà en hyperthyroïdie.

Justification : "Aspirine et AINS contre-indiqués → augmentation de T3 et T4 libres → risque de thyrotoxicose."

[Source : 342]
Question 5 : Pathologie Muqueuse (Iatrogénie)

La patiente présente des ulcérations nécrotiques gingivales. Quel effet secondaire grave du traitement par Carbimazole (ATS) devez-vous suspecter immédiatement ? Quel examen biologique prescrivez-vous en urgence absolue ? Justifiez.

Effet secondaire suspecté : L'Agranulocytose médicamenteuse (neutropénie sévère).

Examen en urgence : Numération Formule Sanguine (NFS).

Justification : Les antithyroïdiens de synthèse (ATS) comme le Carbimazole peuvent induire une agranulocytose (disparition des polynucléaires neutrophiles) dans 0,5% des cas. Ce tableau se manifeste cliniquement par des ulcérations nécrotiques buccales et des signes d'infection (angine, fièvre). C'est une urgence vitale (risque de septicémie) imposant l'arrêt du traitement.

[Sources : 330, 339]